Dans les plis du temps
- 4 juil.
- 2 min de lecture
Dernière mise à jour : 5 juil.
L’ Autre
Mais quand il y a de la vie on entend des choses
on voit des choses
C’est comme ça
- Extrait de Je suis le vent, Jon Fosse
Printemps 2024,
je suis avec des images prises dans des lieux et des temporalités différents
qui réclament leur existence et je n’arrive pas à répondre à leur appel.
Elles me hantent, m’accompagnent, reviennent dans un continuum où la frontière entre la vie et la mort n’a pas lieu. C’est dans ce contexte, que j’ai découvert en ligne le portrait d’un mausolée,
la Tour Toghrul construite au 12ème siècle pour honorer la mémoire d’un chef militaire turc ayant conquis d’importants territoires en Perse. En contemplant cette Tour, je comprends que l’histoire et la mémoire collective sont intimement tissées dans la structure même de cet édifice.Toutes les temporalités semblent se réunir en une seule matière,faisant de cette Tour un monument où le passé, le présent et le futur coexistent. Je me souviens avoir ressenti cette même fulgurance avec la pièce de théâtre Je suis le vent de Jon Fosse. Commence pour moi l’histoire.
Automne 2024,
il m’a alors semblé naturel d’associer cette photographie à des extraits de la pièce afin d’expérimenter une co-création collective avec l’intelligence artificielle. Des images de paysages
émouvantes apparaissent, il s’en dégage une fragilité, comme si l’espace était inquiet. Se
souviendraient-elles indistinctement d’un passé et d’un avenir ?
D’une Perse et d’un Iran pris dans les plis du temps ? Jusqu’à l’effondrement ?
Feraient-elles écho à ce qui se tait en nous ?
Février 2026,
pour réunir les différentes strates spatio-temporelles incarnées par ces dix photographies, je les
confie à Caroline Chik, spécialiste en procédés anciens. Ce choix marque une nouvelle étape de co-création dans le processus de réalisation de cette oeuvre. Dans son atelier, mes photographies subissent plusieurs transformations : elles deviennent des cyanotypes virés au thé puis au maté, elles se métamorphosent du cyan aux teintes brunes et dorées qui remémorent celles du portrait de la Tour. Une fois les tirages terminés, ils sont disposés dans une phrase circulaire flottante, ponctuée de moments de silence : une constellation apparaît.



